2. Au regard des conditions de détention:
Les conditions au sein des centres de détention avant éloignement sont extrêmement mauvaises. 61% des
personnes interrogées ont fait état de mauvaises conditions d'hygiène, notamment de centres sales,
couverts de moisissures et infestés de rongeurs et d'insectes. Les structures ont été décrites comme
délabrées, inaptes aux animaux et peu hygiéniques, et plus de 50 % des répondants ont comparé les
centres de détention avant renvoi à des prisons. Cette situation a évidemment un impact négatif sur le
bien-être psychologique des détenus, qui ont décrit être traités comme des criminels alors qu'ils sont
demandeurs d'une protection internationale. Cette situation a été amplifiée par le manque critique d'accès
à des toilettes fonctionnelles, à des douches, à des lits, à des matelas, à des vêtements et à des activités
récréatives, qui sont inexistantes. Par exemple, à Xanthi et à Corinth, une seule toilette aurait été partagée
par environ 50 personnes.
L’accès aux soins médicaux, y compris aux soins de santé physique et psychologique, est extrêmement
limité dans les centres de détention en Grèce, et n’est accessible que pour les cas urgents. Cette situation a
été rapportée dans 80% des entretiens et l’accès aux soins médicaux a été évoqué comme l'une des
principales préoccupations auxquelles nos clients sont confrontés en détention. Sur certaines périodes, il
arrive qu’aucun médecin ne soit présent. Les détenus ont déclaré avoir attendu plusieurs mois pour
obtenir un rendez-vous. Ainsi à Corinth, cette attente a pu durer jusqu'à cinq mois.
Lorsque l’accès aux soins de santé était assuré, l’accès à la traduction était rarement disponible, obligeant
les patients à demander l'aide de codétenus, violant ainsi la confidentialité médicale.
En raison des conditions de détention, la santé mentale des détenus s'est considérablement détériorée ;
près d'un quart des personnes interrogées ont mentionné une santé mentale gravement détériorée,
faisant état de dépression, pensées suicidaires ou pratiques d'automutilation.
Pour clôturer notre rapport, nous recommandons à l'État grec de se conformer au droit européen et à
son propre droit au regard :
du recours à la détention (qui doit être une mesure exceptionnelle, de dernier ressort et qui ne peut
être utilisée s’il n’y a pas de perspective raisonnable d’éloignement).
de l'accès à l'information en détention et l’accès aux procédures liées à l’asile ;
de l’accès aux interprètes et à la traduction ;
de la détention des mineurs ;
de la détention et des conditions de détention dans les commissariats de police ;
des conditions de détention dans les centres de détention avant éloignement et de l'accès aux produits
d'hygiène ;
de l'accès des organisations non gouvernementales aux centres de détention ;
de l'accès aux soins médicaux, y compris aux soins psychologiques ;
de l'accès aux installations de loisirs dans les centres de détention.
Nous demandons également à la Commission européenne qu’aucun fonds européen ne soit alloué à la
Grèce jusqu'à ce qu'une enquête indépendante soit menée. Les résultats de cette enquête devant être
publics. Nous souhaitons également l’ouverture d’une procédure contre la Grèce au niveau européen et
que des mesures soient prises pour que l'Etat grec respecte le droit européen. Nous demandons par
ailleurs une visite du Comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains ou
dégradants dans tous les centres de détention avant éloignement.